Micro studio pour maxi passionné

A moins d'avoir de larges moyens ou un solide réseau de relations, la vie est souvent dure pour l'amateur de photographie en studio. Non pas pour le matériel, ni même pour la technique, mais pour une raison bien plus triviale: l'accès à un espace intérieur suffisamment grand que pour  y installer un tel studio. Bruxelles n'est peut-être pas la pire capitale en la matière, mais ce n'est pas non plus la ville la plus propice si on se rapporte au prix du mètre carré. Retour vers la réalité du ghetto du photographe.

Un studio équipé pour la photographie se loue à Bruxelles aux alentours de 50 euros/heure, avec des pointes qui peuvent culminer à 700 euros la journée pour la crème de la crème. Un simple local lui aussi se loue parfois assez cher. Inutile de se bercer d'illusions, on ne viendra pas frapper à votre porte pour vous en proposer un gratuitement. Et sachant qu'une séance de shooting dure de l'ordre de 3 heures, le calcul est vite fait : c'est intenable si vous photographiez régulièrement. Alors, toujours pas décidé à ranger cette cave qui pourrait vous dépanner ? Voyons ce qu'on peut faire malgré tout.

L'espace en question est composé de deux pièces en enfilade, de taille identique (4 mètres par 3 environ), moches et séparées par une porte de surcroît. Le plafond est bas, très bas : aux alentours de 2.40 mètres. A priori, c'est cuit. Enfin pas tout à fait, si on y réfléchit deux fois. Commençons par le fond, et puis par le tamisage.

Pour le fond devant lequel vous placerez le modèle, deux crochets vissés à même le plafond à travers le plâtre dans les poutres en bois peuvent faire l'affaire. On les munira de deux anneaux pour y glisser une barre en bois servant à suspendre des tentures (dans une vie antérieure). Cette barre est facile à enlever afin d'y enfiler un rouleau de fond (en papier gris neutre ici). Enroulé et protégé par son plastique d'emballage, ce fond est facile à mettre en place. Pour ce qui est du tamisage à présent, il est vraiment indispensable dans une pièce aussi petite. En suivant le même principe, des crochets ont été fixés au plafond des deux côtés tout le long de la pièce. Ils permettront le soutien d'une corde à linge bien tendue, qui elle-même supportera un long drap noir (vendu au mètre dans un magasin de décoration) courant tout le long de la pièce. Quand le tissu est roulé sur lui-même, le tout est très discret et laisse la pièce entièrement accessible pour son usage normal (dont vous n'avez que faire, parce que vous êtes photographe après tout).



Sur les photos ci-dessous, on peut voir le système de maintien des tentures et du fond. Très simple mais efficace. La tenture est munie d'oeilletons permettant de faire aisément coulisser le tissu, et le système de suspension du fond est amovible afin de changer le rouleau au besoin. Notez que le rouleau de fond a été raccourci d'un bon 60 centimètres car il ne rentrait pas dans la largeur de la pièce (la découpe peut se faire très proprement avec une scie à métaux au moment où le rouleau est acheté).


Les deux photos ci-dessous montrent les tentures dépliées mais pas encore déployées, ainsi que le déroulement du fond, qu'on peut laisser pendre de manière libre, ou bien en assurant un retour sur le sol, ce qui est nécessaire si vous photographiez en légère plongée et que vous ne voulez pas avoir le très moche carrelage sur la photo.



En raison de la petite taille de la pièce, tout doit être caculé au plus juste. On pourra se permettre au maximum deux mètres de recul entre le modèle et le fond, ce qui est très peu (3 mètres est considéré comme la distance standard). Le fond lui-même étant à environ 50 centimètres devant la fenêtre, cela place le modèle à 1.50 mètre de la porte. La photo ci-dessous à gauche montre l'envers du décor, avec la porte de séparation entre les deux pièces, les tentures étant mises en place. Pour le photographe, il sera indispensable qu'il se tienne dans l'autre pièce et qu'il photographie au travers de l'ouverture de la porte (c'est bizarre, mais on s'y habitue). Placé au plus loin, cela lui laisse la possibilité de photographier verticalement avec une focale de 105 mm sans avoir les bords de la porte dans le champ et en incluant l'entièreté du fond. Au final, c'est plutôt pas mal au vu de l'espace disponible.



Inutile de préciser que l'on ne fera pas de photo de groupe dans un tel espace, ni même de photo en pied. Cela convient pour des photos d'une personne en taille ou en plan américain (au grand maximum, et en format vertical). Le fond étant très proche et l'espace exigu, on ne pourra pas déployer des boîtes à lumière qui excèdent 60 cm. Il faudra les placer au plus près du modèle pour éviter que la lumière ne bave sur le fond (avec un rouleau de papier noir, ce problème est moins aigü). Elles se retrouveront typiquement collées contre les murs au ras de la porte. Impossible aussi de placer un éclairage au-dessus du modèle, le plafond est trop bas pour ça. Il faudra donc être imaginatif pour ce qui est des schémas d'éclairage. Cet éclairage sera assuré par des flashes de reportage et non pas par de classiques flashes de studio. Cela convient très bien ici: les flashes de reportage ont une puissance suffisante puisqu'on travaille au plus près (on peut compter sur f/8 à ISO 100, ou sur f/11 à ISO 200 pour plus de confort). Ces flashes ont aussi le grand avantage d'être très compact et d'être alimentés par pile. Pas de câbles au sol, donc.

Des conditions difficiles donc, une souplesse très limitée, mais la possibilité malgré tout de réaliser des petits travaux personnels et de belles études de lumière. Les résultats ? Ce sera pour un prochain billet, avec une sélection de photos réalisées dans ce studio. Je cherche néanmoins activement un autre local plus grand afin d'y réaliser des travaux de plus grande envergure et avec un plus grand confort. Si vous connaissez une telle opportunité à proximité de la basilique de Koekelberg à Bruxelles, contactez-moi sans aucune hésitation.

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