Le feu au lac

Ce qui est triste quand vous déménagez, ce sont tous les anciens endroits que vous aimiez et que vous avez quitté. Ce qui est bien quand vous déménagez, ce sont tous les nouveaux endroits que vous découvrez et que vous aimez. J'ai à présent la chance d'habiter tout près d'un lac bien sympathique. Certes, un lac artificiel, mais qu'importe l'eau pourvu qu'on ait l'ivresse. L'endroit est bien connu dans la région. Il abrite un hôtel de luxe, quelques villas de grand standing, mais aussi de petites cabanes de pêcheurs, le tout formant un mélange assez particulier et quelque peu chaotique par moment. Mais ça reste un bel endroit pour s'y promener et y faire quelques photos, à l'occasion d'une séance d'explication portant sur le maniement de base d'un appareil. Pas de portrait ici, ni d'éclairages artificiels, ni même de paysage. Juste quelques photos graphiques

S'il y a un domaine où je trouve que je suis très notoirement mauvais, c'est celui de la photographie de paysage (*). C'est probablement à la fois une question de sensibilité, de technique et aussi de patience. J'ai du mal à me faire à l'idée qu'il sera nécessaire de passer dix fois au même endroit durant des jours et à des heures différentes pour que la lumière espérée soit au rendez-vous, puis de s'y asseoir encore des heures le bon jour avant que tous les éléments soient bien en place pour enfin déclencher. J'admire cette patience, qui est un peu celle du pêcheur qui attend que le poisson daigne se manifester durant ce qui me semble être une éternité. Il n'y aura donc pas de photos de lac, même au bord du lac. Une autre fois peut-être. Malgré tout, ce serait dommage de ne pas en avoir une évocation.


En tant que photographe, "Pourquoi se donner la peine de se promener au bord d'un lac pour ne pas y faire de photos du lac ?", me direz-vous. C'est bien ce qui constitue un paradoxe et, comme pour tout bon paradoxe, la contradiction n'est qu'apparente. J'imagine qu'il s'agit d'une question d'ambiance et d'état d'esprit. Etre au bord du lac est ce qui conditionne ces deux choses, et prendre des photos du lac n'est donc en rien une conséquence logique. Il n'y a en fait aucun lien à mes yeux. Par contre, le lieu et une journée ensoleillée d'hiver étaient propices à d'autres choses : des reflets, un début de dégel et des arbres déplumés pendant parfois jusque dans l'eau.



Aussi étrange que cela puisse paraître, devant de grandes étendues, ce sont de petits détails anodins qui attirent le plus mon attention. Dans ce domaine, tout est bon pour alimenter le goût de la composition pour la composition. Qu'importe le sujet, et qu'importe même si la photo finale est jugée bonne ou mauvaise selon les standards académiques. L'important est de composer, encore et encore. Et surtout de prendre du plaisir à le faire.


Cher lecteur, c'est déjà la fin de la petite promenade et j'espère que le fait ne pas avoir vu le lac ne vous a pas trop chagriné. Qui sait si un jour je ne ferai pas l'effort de vraiment m'y coller pour l'un ou l'autre paysage. Il ne faut jurer de rien et, plus encore, il faut pouvoir faire preuve de patience. Après tout, il n'y a pas le feu au lac, n'est-ce pas ?

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(*) Les mauvaises langues diront que ce n'est pas le seul domaine dans lequel je suis mauvais, mais ne les écoutez pas.

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