Silhouette et si chouette

En fonction de leur sensibilité, de leur parcours personnel et de leur relation aux choses qui les entourent, les photographes vont exposer aux autres leur propre représentation du monde, qu'ils capturent via des instantanés. Une même réalité pour tous, mais des perceptions très distinctes de cette réalité pour chacun d'eux. C'est un constant classique: placez deux photographes au même endroit et au même moment et ils vous produiront des images très différentes – voire qui n'ont parfois rien en commun – pour autant que vous leur laissiez la liberté de choisir leur sujet. L'interprétation qu'en font la plupart des gens est que ce qui peut exciter l'un deux laissera l'autre froid et indifférent. Mon interprétation n'est pas la même: je pense que ce qui crèvera les yeux de l'un d'eux pourra rester invisible aux yeux de l'autre, tout simplement. Car ces deux photographes reconnaîtront aisément leurs mérites respectifs en comparant leurs images. C'est juste qu'ils n'ont pas vu la même chose.

Si l'on envisage le problème sous cet angle, on peut alors avoir une vue un peu plus rafraîchissante du constat de départ et sortir du débat stérile quant à savoir qui de ces deux photographes est le meilleur (*). On peut aussi prendre du recul sur sa propre pratique, en identifiant ses forces et en cultivant sa façon de voir, puisqu'il est alors admis dès le départ qu'elle est irrémédiablement distincte de celle des autres. Et on comprend plus aisément que l'endroit dans lequel on se trouve pour prendre des photos n'est pas l'élément-clé qui garantira de belles prises de vue. Si vous êtes fauché et dans l'impossibilité d'aller admirer les plus beaux paysages du monde, c'est plutôt une bonne nouvelle, pour autant que vous développiez votre vision.


Si je fais ce long préambule, c'est parce qu'il est en rapport direct avec les photos qui sont présentées dans ce billet et qui forment un ensemble cohérent à plusieurs points de vue. Tout d'abord, elles sont une illustration de ce que peut être une des façons que j'ai de voir le monde qui m'entoure. Je ne peux pas vous expliquer la raison pour laquelle je vois parfois ce monde réduit à des lignes et des formes, parce que je ne la connais pas moi-même. C'est une des facilités que j'ai en me mettant dans un certain état d'esprit et en regardant autour de moi: décomposer ce que je vois en éléments structurants, qui s'agencent pour former une composition. Cette capacité est probablement aussi la raison pour laquelle j'ai une attirance naturelle et forte pour les compositions graphiques et pour les silhouettes : parce que je suis capable de voir le monde comme ça. C'est une seconde nature.



Chaque photographe a ses propres jugements sur ce qu'il estime être important ou non dans le cadre de sa production. Et si l'un deux se spécialise dans un domaine particulier pour faire émerger son style, c'est une conséquence logique de ses jugements tout autant que de ses prédispositions naturelles, presque génétiques. Si j'ai un attrait fort pour les compositions basées sur les lignes et les contrastes et si je considère ces aspects comme importants, c'est donc un peu malgré moi. Mais ça constitue certainement une part de ce qui contribue à faire mon style après quelques années de pratique, qu'on aime ou non celui-ci.


Le second élément commun à l'ensemble de ces images est que, pour cette sélection, la silhouette qui apparaît sur chacune d'elles m'est très chère. Il s'agit de ma compagne qui, comme son nom l'indique fort justement, m'accompagne dans bon nombre de ces escapades photographiques, que ce soit en Belgique ou à l'étranger. Même si elle se voit réduite ici à l'ombre d'elle-même, ces images n'auraient pas été possibles sans sa présence. Non pas parce que sa silhouette aurait été absente, mais parce que sans son soutien il n'y aurait pas eu de photographies tout court. Merci à elle qui m'apporte un amour tendre au quotidien et qui supporte bien des lubies.



Si vous ne l'avez pas encore fait, à vous à présent de bien cerner ce qui constitue vos forces et vos aptitudes naturelles afin de les exploiter au mieux, sans pour autant négliger vos points de faiblesses. Le style, c'est bien, mais s'enfermer dans un genre que l'on maîtrise à la perfection devient vite ennuyeux et peut conduire à des résultats très répétitifs. Pouvoir trouver le juste équilibre est important, tout en se souvenant que l'équilibre d'un jour n'est pas forcément celui du lendemain. Mais demain est aussi un autre jour.

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(*) étant sous-entendu que s'ils étaient au même endroit, ils partaient donc à égalité puisqu'ils voyaient la même chose et avaient les mêmes opportunités; c'est le postulat couramment admis, qui me semble incorrect.

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